VIETNAM - MISSIONS SANDY ciel de gloire - histoire des as de l\'aviation de 1914 à nos jours



 


 

 



MISSIONS SANDY AU VIETNAM

 

 


De toutes les missions confiées aux pilotes américains engagés en Asie du Sud-Est, celles qui consistèrent à recueillir les aviateurs tombés en territoire ennemi furent certainement les plus délicates mais aussi les plus dangereuses.

Parmi les centaines de milliers d'hommes que les Américains engagèrent au Viêt-nam, quelques-uns, de par le caractère dangereux des missions qui leur furent confiées, opérèrent dans ce qu'on pourrait appeler des corps d'élite. Partout où ils apparaissaient, ces combattants s'attiraient le respect des autres formations, respect dû essentiellement à une habileté guerrière supérieure à la moyenne. Certains de ces hommes appartenaient aux forces chargées de récupérer les aviateurs tombés, au hasard des engagements, en territoire ennemi. Jour après jour, risquant leur propre vie pour sauver celle de leurs compatriotes, ils accomplirent leur tâche face à un adversaire en général déterminé et disposant d'une très grande puissance de feu.

 

A-1 Skyraider

 

Les opérations de sauvetage ne tinrent tout d'abord qu'une faible place dans la guerre menée par les ÉtatsUnis en Asie du Sud-Est. Mais, les pertes ne cessant d'augmenter, leur importance grandit progressivement. Des avions de plus en plus nombreux étant abattus en territoire nord-vietnamien, les responsables américains envisagèrent rapidement de tenter par tous les moyens de secourir les hommes d'équipage, et ils étudièrent les différentes possibilités d'y parvenir. Les Allemands avaient été les premiers à expérimenter une telle méthode quand, au cours de la Seconde Guerre mondiale, ils avaient utilisé des Messerschmitt Bf 110 en couverture de leurs hydravions de sauvetage en mer. Puis cette technique se perfectionna avec les Américains en Corée, les Français en Indochine et les Britanniques en Malaisie. Lorsque survint la guerre du Viêt-nam, le processus entamé une vingtaine d'années auparavant parvint à maturité, et les missions de sauvetage occupèrent bientôt une place importante dans l'activité des forces armées américaines. Le principe de base de ces missions était d'envoyer un hélicoptère rechercher les survivants d'un appareil tombé en pays ennemi, en faisant assurer la couverture de l'opération par un avion d'attaque. La combinaison qui convenait le mieux aux spécificités du théâtre d'Asie du Sud-Est fut vite trouvée : il s'agissait du Sikorsky HH-3 ou HH-53 et du Douglas A-1 Skyraider, une machine déjà ancienne.

 

Equipe de sauvetage


Bien qu'elle eût pu utiliser des appareils rapides et maniables, comme le McDonnell Douglas F-4 Phantom et le Republic F-105 Thunderchief, l'US Air Force préféra affecter à ce type d'opérations des avions lents, capables d'emporter une lourde charge offensive, d'orbiter pendant un long moment au-dessus d'une zone donnée et, surtout, d'opérer au-dessus de la piste Hô Chi Minh, par où transitait le matériel que le Viêt-nam du Nord fournissait aux guérilleros du Viêt-cong. L'Air Force disposait alors de nombreux Skyraider provenant des surplus de l'US Navy; elle affecta ces appareils à des unités auxquelles elle attribua la désignation d'Air Commandos et, plus tard, celle de Special Operations Wings. Il ne fallut que très peu de temps aux responsables de l'USAF pour se rendre compte que le Skyraider était parfaitement adapté aux raids sur la piste Hô Chi Minh, mais que cet appareil pourrait également être employé avec profit en soutien des actions de sauvetage. Celles-ci avaient reçu le nom de code de Sandy, qui allait bientôt devenir célèbre en Asie du Sud-Est.

 


Les missions Sandy

Bien qu'aucune opération de sauvetage ne ressemble à une autre, les actions de ce type n'en présentaient pas moins certains points communs. Elles impliquaient en général sept appareils, avec deux autres en réserve. Si un avion d'attaque était abattu au cours d'une sortie, ses ailiers ou un appareil servant de poste de commandement volant donnaient l'alerte, et le système se mettait immédiatement à fonctionner. Un briefing se tenait alors auquel assistaient un pilote portant le nom de code de Sandy 1 et chargé de suivre le déroulement de la mission d'un bout à l'autre, les équipages de deux hélicoptères ainsi que six pilotes de Skyraider. Sandy 1 donnait ensuite tous les détails sur le déroulement de l'opération : son chronométrage précis, les routes qu'il fallait emprunter à l'aller et au retour, les zones au-dessus desquelles il faudrait orbiter, les armements requis et le plan d'ensemble qui avait été adopté. Les avions, armés avec la plus grande rapidité possible, prenaient l'air pour rejoindre le secteur au-dessus duquel ils allaient devoir opérer. Deux des Skyraider restaient cependant au sol, en réserve, les pilotes demeurant dans leur habitacle en attendant de s'envoler à leur tour au cas où leur présence sur le terrain se révélerait nécessaire ou d'apprendre que tout s'était bien passé. Pendant ce temps, les autres appareils se rassemblaient en deux formations, constituées d'un hélicoptère Jolly et de deux Skyraider chacune. Les machines portant les noms de code de Sandy 3, Sandy 4 et Jolly 2 devaient se tenir à l'écart, à haute altitude, prêtes à intervenir à leur tour si l'un des aéronefs participant au sauvetage était abattu ou si la force envoyée sur place la première échouait. Celle-ci, qui rassemblait Sandy 1, Sandy 2 et Jolly 1, s'approchait de sa zone d'intervention à basse altitude et se mettait immédiatement au travail. Tandis que Sandy 2 et l'hélicoptère Jolly 1 restaient un peu en retrait, Sandy 1 survolait le secteur concerné et s'efforçait dans un premier temps de localiser le ou les aviateurs descendus. Soutenu par un avion de contrôle aérien avancé (en général un Cessna O-1 ou 0-2 ou bien un North American OV-10 Bronco), Sandy 1 utilisait son radiogoniomètre pour s'aligner sur la radio de survie dont devait obligatoirement disposer le pilote en difficulté. Quand il repérait ce dernier, Sandy 1 lui demandait de crier dès qu'il passerait au-dessus de lui. Il ne pouvait y avoir de signe plus réjouissant que le bruit du moteur de 3 000 ch de l'A-1 pour un aviateur qui avait passé des heures d'angoisse en pleine jungle hostile, et la plupart des pilotes ou des équipages en perdition hurlaient à pleins poumons quand un Skyraider les survolait directement. Continuant sur sa lancée, celuici poursuivait sa route quelques instants, afin de ne pas signaler la position des aviateurs amis à l'adversaire, puis il effectuait une ressource. Les pilotes d'A-1 savaient que l'ennemi envoyait presque toujours des troupes en direction des endroits où des appareils américains s'étaient écrasés afin de tenter d'abattre les hélicoptères de sauvetage.

 

Helitruillage
Minigun de défense


Trouver l'ennemi

Le travail suivant de Sandy 1 était de trouver l'ennemi. Pour ce faire, le pilote survolait lentement la jungle à basse altitude afin d'inciter l'adversaire à ouvrir le feu. Les tireurs expérimentés ne se laissaient pas prendre au piège, et ils attendaient en général qu'une cible plus intéressante - un hélicoptère par exemple - passe à leur portée. Sandy 1 pouvait survoler la zone dangereuse pendant une heure et même plus, tirant parfois une rafale dans la végétation pour contraindre l'adversaire à se découvrir. Quand cela se produisait, la surprise pouvait être de taille, et le feu était souvent très dense. Quel que soit le terrain où se déroulait l'opération, les Vietnamiens parvenaient presque toujours à amener sur place des armes lourdes. C'était alors au tour de Sandy 2 d'entrer en scène. Se fondant sur les données que leur fournissait l'avion de contrôle aérien avancé, les deux Skyraider - fondaient sur les positions ennemies et s'employaient à les réduire au silence.

 


Si tout allait bien, Sandy 1 appelait Jolly 1, qui s'empressait de venir recueillir les aviateurs amis en difficulté en se guidant sur une fusée de marquage au phosphore lancée par l'un des Skyraider pour indiquer à l'hélicoptère la route à suivre. Quand la distance à franchir était peu importante, Sandy 1 demandait à l'aviateur abattu d'allumer la fusée de survie de couleur orange qu'il avait sur lui, ce qui facilitait évidemment le travail des sauveteurs. Lorsque le pilote à récupérer était blessé, l'équipage de l'hélicoptère laissait descendre au bout d'un câble un équipement capable de pénétrer l'épais dôme de végétation et de parvenir jusqu'au survivant. Celui-ci n'avait plus qu'à déplier les bras de ce dispositif, qui formaient un siège sur lequel il pouvait prendre place et s'attacher. Il était ensuite hissé jusqu'à l'hélicoptère; même s'il était atteint par des balles lors de l'ascension, le pilote était sûr de ne pas tomber. Si l'aviateur abattu était grièvement blessé, un Parajumper s'employait à le recueillir.

 


Les missions Sandy étaient considérées comme les plus dangereuses qu'un pilote de l'US Air Force fût appelé à mener en Asie du Sud-Est; les pertes enregistrées dans ce cas furent très élevées. Les raisons en sont multiples. Tout d'abord, le Skyraider était un avion lent et démodé, dont la vitesse en charge maximale atteignait péniblement 320 km/h. Pouvant porter de rudes coups à l'adversaire, l'A-1 était cependant un appareil facile à atteindre. D'un autre côté, l'ennemi savait bien qu'un avion abattu ne manquerait pas d'attirer de nombreux appareils américains. Aussi s'appliquait-il à disposer autour du secteur où s'était produit un atterrissage forcé des armes lourdes en grandes quantités. Enfin, les missions Sandy se déroulaient invariablement de jour, avec tous les dangers que cela comportait. Lorsqu'ils attaquaient la piste Hô Chi Minh, les pilotes de Skyraider effectuaient des passes rapides, de nuit, contre des objectifs faiblement défendus. Il en allait tout autrement dans le cas d'un sauvetage, où il fallait orbiter longuement, en plein jour, face à des défenses antiaériennes très denses.

 

 

Quelques-unes de ces missions durèrent plusieurs jours et coûtèrent très cher en vies humaines. Dans ce cas, les avions affectés à l'opération orbitaient au-dessus de la zone concernée de l'aube au crépuscule, et ils ne regagnaient leur base que pour s'y réapprovisionner en carburant et en munitions. Il n'était pas question d'abandonner un pilote ou un équipage en territoire ennemi, et une mission de sauvetage ne prenait fin que lorsque les aviateurs en difficulté avaient été recueillis ou qu'il n'existait plus aucun espoir de ramener quelqu'un de vivant. Même lorsque la radio de survie PRC-90 d'un pilote abattu avait cessé de fonctionner, des avions continuaient à survoler le secteur à la recherche d'un indice.

 


Avions en renfort

Quand une action de sauvetage devait se dérouler une zone fortement défendue, le recours à de nombreux appareils s'imposait. Des Skyraider pouvaient interve nir pour tendre des rideaux de fumée sur un si appel de Sandy 1. Après avoir orbité hors de porté des armes lourdes ennemies, la formation chargée de cette tâche (en général sept ou huit avions), survenant à altitude, larguait ses engins fumigènes entre l'hélicoptère et le pilote survivant, d'une part, et les positions adverses, de l'autre. Dès que le nuage de fumée était assez dense, Jolly 1 se dirigeait vers le pilote ab guidé par Sandy 1. Quand l'hélicoptère parvenait à proximité de l'aviateur en difficulté, Sandy 1 demandait à ce dernier de tirer une fusée éclairante de couleur rouge afin de signaler sa position au pilote de la voilure tournante. Le sauvetage pouvait alors avoir lieu dans des conditions satisfaisantes, Sandy 1 s'employant à guider Jolly 1 à travers la fumée.

 

 

Une autre tactique employée à l'occasion d'une opération de sauvetage de grande ampleur consistait à jeter dans la bataille des chasseurs à réaction rapides tels que des F-4 Phantom ou des F-105 Thunderchief appareils qui s'appliquaient à réduire au silence les armes lourdes les plus dangereuses par des attaques à basse altitude. Ils étaient habituellement appelés sur les lieux par l'avion de contrôle aérien avancé, mieux préparé que Sandy 1 à les guider au combat. Cette méthode n'était utilisée qu'en dernier ressort, car les raids conduits par les F-105 et les F-4 n'avaient pas la précision de ceux que menait le Skyraider. Une bombe mal placée pouvait aussi bien tuer les servants d'une 1 batterie ennemie que le pilote américain abattu. Néanmoins l'apparition de Phantom ou de Thunderchief étai susceptible de provoquer la panique parmi l'adversaire et de permettre aux forces de sauvetage d'opérer librement.

Nombreux furent les pilotes et les équipages de Skyraider, d'avion de contrôle aérien avancé et d'hélicoptère qui perdirent la vie pour sauver celle de camarades tombés dans les lignes ennemies. Ces sacrifices illustrent bien la devise des unités de sauvetage de Air Force : « Pour que vivent les autres. »

 

 

 

 

 

 

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